sansremedecinq8L’équipe qui a conçu la revue que vous avez entre les mains s’est considérablement étoffée. De nouvelles plumes et sensibilités ont rejoint le projet, contribuant à élargir son propos, une orientation déjà amorcée dans le numéro 4.

Sans remède garde pour vocation de diffuser et susciter des paroles que tout condamnait à rester confinées derrière les murs ou dans la solitude des parcours psychiatriques. De tisser du commun entre des vécus, pas aussi singuliers et peu partageables que l’institution voudrait nous le faire croire. De souligner à quel point l’HP reste le lieu d’antagonismes irréconciliables entre les personnes qui y exercent leur pouvoir, qui sont considérées comme en possession du savoir et sont libres d’y circuler et d’en sortir, et celles qu’on y enferme et sur lesquelles ce pouvoir et ce savoir s’exercent. Et ainsi, de penser la psychiatrie en termes politiques et contribuer à en refaire un terrain de luttes.

Le terme psychiatrisé.es s’inscrit pour nous dans cette perspective. Il témoigne de notre volonté de nous défaire des mots de la psychiatrie : se reconnaître comme psychiatrisé.es nous permet de nous définir contre la psychiatrie plutôt que de nous laisser définir par elle. Nous subissons toutes et tous le pouvoir psychiatrique, que ce soit de la manière la plus abjecte dans ses murs ou de façon plus pernicieuse hors les murs. La psychiatrie de secteur, la banalisation de la prescription de psychotropes, la psychologisation à chaque instant dans les espaces institutionnels ou informels, la présence à chaque coin de rue de psychothérapeutes et coachs en tout genre, participent de cette emprise. Mais nous ne sommes pas seulement les objets de cette domination psychiatrique, nous en sommes aussi les agent.es en ce sens que nous véhiculons toutes et tous cette distinction, qu’elle fabrique entre le normal et le pathologique.

sansremedecinq6Il est évident que la psychiatrie contribue au maintien de l’ordre social. Ne s’intéresser qu’à elle seule laisserait entendre que nous avons à faire ici à un objet séparé.
En la critiquant, nous avons appréhendé des processus de gestion, d’infériorisation, d’avilissement, d’expertise, d’administration qui nous semblent être efficients pour construire une critique du pouvoir médical, entre autres.
De même, ce que la psychiatrie révèle de la gestion sociale et de l’administration du « cheptel humain » nous paraît pertinent pour élaborer une critique du système médico-social. Un dispositif qui se resserre de plus en plus fortement à mesure qu’il s’applique sur les classes les plus pauvres, les plus dominées de la population.

Le journal ne dérogera pas à certains principes. Nous conserverons une attention particulière à ce que les témoignages des personnes confrontées ou ayant été confrontées aux institutions médicales et médico-sociales gardent une place majeure. Nous tenons à ce que seule la parole de psychiatrisé.es, médicalisé.es ou administré.es (entendre personnes soumises à l’autorité d’une administration) ait sa place dans le journal, afin qu’aucune parole de soignants ou d’institutionnels – aussi sympathiques et/ou critiques soient-ils – ne vienne réduire leur portée. L’antagonisme est réel. Les paroles de noirs.es ou de blancs ne peuvent pas être mises sur le même plan quand on parle de racisme. Idem pour les paroles de femmes et d’hommes quand on parle de sexisme ; de prolétaires et de patrons lorsqu’on parle d’exploitation.

Nous réalisons l’objet-journal à plusieurs. Pour ce numéro, nous avons été une dizaine à écrire ensemble ou séparément, à relire nos textes collectivement, à les affiner au cours de discussions. Ainsi, c’est en commun que nous élaborons une critique des pouvoirs psychiatrique, médical et médico-social. C’est ce qui nous permet de porter collectivement les textes écrits pendant le temps de rédaction. Chacun.e restant libre évidemment de conserver les termes et tournures qui lui tiennent à cœur, de féminiser ses écrits (Cf. À propos de la féminisation des textes) ou de préférer contourner les règles grammaticales et orthographiques que l’on nous a enseignées.

sansremedecinq2Nous publions aussi des textes de personnes qui ne sont pas présentes pendant la fabrication du journal. Nous ne retouchons pas ces textes. Nous choisissons de les passer parce qu’ils nous plaisent pour bien des raisons, même s’ils ne correspondent pas exactement à la manière dont nous nous positionnons.

Après vous avoir invité.es dans nos coulisses, nous vous laissons découvrir notre joyeux bordel, un peu éclairé.es sur nos intentions et nos exigences.

Bonne lecture.