Une copie du courrier que nous reproduisons ici est parvenue à l’émission de radio L’Envolée. Il est adressé à Erik Nortier, un expert psychiatre agréé par la justice. Fortement influencé par la génétique, c’est un de ces experts en tous genres qui, non contents de fabriquer des profils – psychiatrique, ADN… – les fournissent à la justice qui les utilise en tant que preuves d’autant plus irréfutables qu’elles ont la caution du discours scientifique. Son auteur – ainsi que deux autres personnes impliquées dans la même procédure criminelle – a refusé de se soumettre à cette expertise.

Monsieur le diplômé de criminologie appliquée à l’expertise mentale,

J’ai reçu votre courrier me convoquant pour une expertise psychiatrique, par vos soins, à la demande du juge. Je suis tout d’abord étonné de ce courrier car j’avais déjà dit au juge que je refusais de me soumettre à cet examen. J’avais d’ailleurs expliqué mes raisons lors d’un interrogatoire il y a maintenant plus d’un an. Il me semble donc que j’ai été mal compris, ainsi je vous écris cette lettre afin de clarifier la situation. Je rejette radicalement la logique médico-judiciaire de l’expertise qui prétend classer les gens selon ce que vous définissez comme normal ou déviant. Je rejette également les individus s’autoproclamant experts en tous genres, au service de la justice, prétendant détenir la vérité en employant trois mots de plus de deux syllabes à la suite et en agitant vaniteusement un bout de papier servant de diplôme. Diplôme qui permet parfois, il est vrai, d’entretenir un beau cabinet dans les quartiers les plus bourgeois de Paris, comme le 17ème arrondissement de Paris, quartier très réputé pour le calme et la tranquillité qu’il procure, indispensables pour que l’expert puisse bien expertiser. Votre condition d’expert est encore plus abjecte puisque vous vous présentez comme un spécialiste en « expertise mentale », prétendant appliquer cette logique, l’examen technique et normatif, à l’esprit des individus. Mon esprit et tout mon être ne sont pas des objets d’expertise à des fins judiciaires et je refuse donc de satisfaire vos penchants scientistes les plus vils en me soumettant aux examens auxquels vous me conviez. Je vous donne tout de même quelques humbles conseils afin de remplir votre rapport me concernant – que vous ne manquerez pas de transmettre au juge. Comme tout bon expert qui se respecte, vous devez expertiser et rendre rapport quoi qu’il arrive. Mon refus par principe de l’expertise me classe tout d’abord aisément dans la catégorie des « paranoïaques psychorigides », la justice ne viendra sûrement pas vous contredire sur ce point. J’ai également une tendance au « comportement asocial » puisque je pense que la meilleure réponse à apporter aux gens méprisables de votre espèce est le plus souvent le silence (remarquez que j’ai pris le temps de vous écrire cette lettre). Enfin je rentre largement dans la case des individus au « psychisme largement déviant », au vu de mes idées politiques, je vous renvoie notamment à la littérature saisie lors de la perquisition de mon domicile en janvier 2008, figurant au dossier. Bien sûr votre condition méprisable ne mériterait pas la moindre attention si les institutions de la société dans laquelle nous vivons, et en particulier la justice, ne vous accordaient pas un si grand pouvoir de disposer de la vie des gens au gré de vos rapports d’expertises. C’est d’ailleurs, parmi tant d’autres, l’une des raisons qui me pousse à être en révolte contre ce monde et tous ceux qui en détiennent le pouvoir.

Je vous saurai gré, à l’avenir, de ne plus me faire perdre mon temps ni encombrer ma boîte aux lettres avec vos prospectus.

PS : Une analyse graphologique de cette lettre devrait peut-être vous permettre de me classer comme un « être instable », c’est à vous de voir…

Damien.

Paru initialement dans la revue L’Envolée n° 27, février 2010.