Sans Remède est né d’un certain nombre de volontés harmonieuses (ou du moins concordantes) : donner à entendre la parole des psychiatrisé-e-s par-delà les murs et la solitude des parcours psychiatriques, mettre en exergue le commun entre ces histoires bien trop banales pour qu’on puisse croire qu’elles ne relèvent que de l’ordre de l’intime et du familial, et ainsi recommencer à penser la psychiatrie comme un objet politique, le lieu d’antagonismes irréconciliables, et de fait un terrain de luttes.

Les histoires dont il est question dans ce dossier ne nous semblent pas relever seulement d’un récent mouvement de « psychiatrisation de la contestation et de la révolte » lié à des évolutions législatives ou d’un « tournant sécuritaire »… Comme le développe l’article de K., le ver était bien dans le fruit dès l’origine, quand la psychiatrie se constituait en discipline autonome de la médecine générale, rendant déjà plus de comptes aux pouvoirs publics dans la gestion du cheptel humain qu’à ses usagers-cibles. La psychiatrie est bien l’un des organes de répression de « la déviance » qui sont par définition politiques. Issue d’un contexte historique et d’une organisation sociale, elle s’y est fait une place et a participé à fabriquer le monde que nous habitons.